Merci aux organisateurs et promoteurs de salons informatiques de mettre en avant cette sacro-sainte règle de la gestion minimaliste de l’espace.

Attendez vous, chers visiteurs, quelque soit le constructeur de matériels informatiques, l’intégrateur de solutions ou l’éditeur de logiciels, à être reçu dans de tout petits espaces de présentation ou de conférences. Ainsi, les traditionnelles présentations de produits, conçues pour une cinquantaine de personnes, en reçoivent désormais environ deux cents et s’organisent en « open ». Astucieuse disposition qui permet à l’auditeur de s’intéresser non seulement à la conférence, mais également aux visiteurs, qu’il peut observer, se promenant d’un stand à l’autre, en masquant à intervalle régulier les écrans sur lesquels il est censé se concentrer.

Cette minimisation n’a pas que des inconvénients. Désormais, tous les documents imprimés et les cd dont vous aviez l’habitude de vous charger sont désormais accessibles en téléchargement. Le visiteur est désormais ainsi invité à aller télécharger sa documentation, ou son produit sur le site de l’exposant. Ce qui implique que vous êtes naturellement enregistré et fiché : difficile ainsi de préserver son identité.

Plus sérieusement, toutes les technologies, mettent aujourd’hui l’accent d’abord sur le mot « intelligent » ou ses dérivés :

  • Les agents “intelligents” sont là pour nous aider à acheter un produit, à réaliser une recherche sur internet, même si nous ne savons pas quoi acheter ou quoi chercher ;
  • Les réseaux “intelligents”, adaptent leur trafic à l’utilisateur, même si la solution doit passer par un enchevêtrement de routes ;
  • Les outils collaboratifs, sont tout prêt à nous aider à nous organiser, même si si nous ne savons pas comment nous organiser.

Ce mot “intelligent” me parait reposer sur une promesse quelque peu fallacieuse : croire que les outils peuvent tout faire à notre place sans un investissement minimum de notre part.

Un autre thème porteur de ces salons est « l’externalisation ». Tout s’externalise :

  • nos données par le biais de stockages en dehors de la société, chez un prestataire qui stocke ainsi les données mutualisées ;
  • les hébergements chez un prestataire qui regroupe ainsi les sites ;
  • les services chez un autre prestataire qui regroupe ainsi la connaissance.

Cette tendance à l’externalisation rejoint ainsi le souci de minimiser l’espace en entreprise. Un ordinateur et une connexion suffisent pour travailler. Quid de tout cela quand le réseau s’effondre et que les données sont piratées ? Les récents incidents intervenus chez des prestataires très connus sont là pour nous sensibiliser à l’importance de la cyber-sécurité qui devient un enjeu majeur pour la pérénnité des entreprises quelque soit leur taille.

Dernier sujet à la mode : celui des « objets connectés ».

Nous assistons, avec une rapidité exponentielle, à la transformation de nos objets de la vie courante en véritable petits ordinateurs. Tout est désormais pilotable à partir du smartphone qui capte les données à portée de soi.

La promesse invoquée de toutes ces technologies, vitrines d’avancées réellement fabuleuses, est bien entendue le service. Intention louable certes. Mais allons-nous vraiment vers cet « homme planétaire », au sens où l’entendait Joël de Rosnay il y a 20 ans ? J’ai plutôt l’impresion que nous allons vers un « homme » dont les fonctions essentielles de réflexion et de discernement seront remplacées progressivement par des automatismes programmés, piochés dans des bases de faits et de règles. Bases dynamiques certes. Mais à force d’être remplacé, le moment arrivera-t-il où le cerveau, privée d’exercices, ne produira plus de nouveautés ?